L’intervention d’un homme de l’art dans le projet de la villa marque une rupture et détermine un programme inédit en Ubaye : celui de la villa-château. Les nouvelles constructions multiplient les modèles dans un souci nouveau de fantaisie formelle et décorative.

 Villa François-Albert
 à Barcelonnette (1900)



villa Les Charmettes 
à Jausiers (1913) 

L’adoption d’un plan complexe et asymétrique distingue désormais les nouvelles constructions et génère des combles particulièrement ambitieux dans lesquels s’identifie l’originalité de l’architecture moderne éclectique et pittoresque.

Son développement est spectaculaire et réunit plusieurs types disponibles : le toit brisé ou comble à la Mansart, le toit brisé en pavillon, le toit composite associant plusieurs éléments (pignon couvert, fausses croupes, toit en bâtière, etc.) auxquels s’ajoute toute une panoplie d’éléments de second-œuvre : œils-de-bœuf, lucarnes, épis de faîtage …



villa de La Fontaine
à Barcelonnette (1905)

Le nouvel effet pittoresque fait encore appel à un grand nombre de matériaux nouveaux et de produits industriels tels que la brique, les céramiques émaillées de couleur, le fer, la pierre factice moulée qui se substitue à la pierre de taille locale.

Le grand absent du répertoire architectural et décoratif des villas de l’Ubaye est le style régionaliste. Parce qu’il était important de se distinguer et rompre avec une architecture vernaculaire par ailleurs peu propice aux exercices de style.

Si les commanditaires n’ont pas recherché l’exotisme des architectures lointaines transposées, ils n’ont pas davantage fait référence à l’architecture mexicaine, nourrie d’influences hispanisantes qui distinguent quelques-unes des villas édifiées au Mexique par les mêmes familles. Les premiers émigrants, à quelques exceptions près, ont ignoré la culture mexicaine et son répertoire populaire.

Voir le plan complexe


































villa de La Fontaine
à Barcelonnette: le vestibule

À l’intérieur de l’enveloppe, la distribution s’enrichit et se diversifie. Le volume et la structure des pièces évoluent en fonction de leur attribution, seule leur orientation ne varie pas.
Un large vestibule sur le modèle du hall à l’anglaise relayé parfois par une antichambre remplace le triste couloir. L’escalier mis en scène par la création d’un arc monumental adopte différents types de plans (carré, rectangulaire) et multiplie le nombre de volées.

Traité le plus souvent en bois de noyer, exceptionnellement en marbre, il est associé désormais à un vitrail.


Au-rez-de-chaussée, les pièces de service s’enrichissent de nouvelles fonctions : la souillarde et la dépense (pièce où l’on reçoit et paye les fournisseurs). Au sein des pièces de réception, on distingue désormais la grande salle à manger de la petite salle à manger, le grand salon du petit salon, dissociant l’espace réservé aux convives et celui consacré à la vie familiale. Aux étages, les chambres se multiplient, différenciées par leurs tailles.

 Villa La Blachière
 à Barcelonnette,
 plan du rez-de-chaussée (1900)



villa La Blachière 
à Barcelonnette, 
plan du 1er étage 

Une évolution perceptible dans le plan et le traitement des espaces se fait jour dans les années 1910, glissant progressivement de l’imposante villa-château vers la villa suburbaine et son souci moderne du confort.

Le sous-sol de la villa s’ouvre aux exigences contemporaines et abrite le garage. Une nouvelle pièce centrale conjugue au rez-de-chaussée l’espace du salon et l’espace occupé par la véranda, déterminant un nouveau mode de vie qui ignore la hiérarchisation et la réglementation de l’espace domestique. De cette époque date enfin l’installation du chauffage central qui équipe désormais toutes les constructions.